Effusions : portraits bayginophiles


Extrait de la série : EFFUSIONS

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                                De la surimpression à la fusion

Aux toiles de Rodia Bayginot animées de pictogrammes et de personnages imaginaires vient s'ajouter en surimpression une autre forme de vie, humaine celle-ci : les traits fusionnent, se mélangent, se fondent, se confondent. Le portrait mute, permute, la peinture se fait organique.
                                                                  Philippe ORDIONI


Cette série de photographies est réalisée en surimpression : La prise de vue du modèle est effectuée, puis après le développement (numérique) la photographie est réalisée en pose longue en alternant le portrait avec une toile de Rodia BAYGINOT.



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Philippe Ordioni est toujours  prêt à courir le risque de ne plus voir vraiment, de ne plus retenir une image stable et de pur reflet. Le vent de son souffle expressif crée à la surface de l’image bien des remous. Les représentations tels que nous aimons les appréhender se défont. Mais – en conséquence – l’espace est  un peu plus libre, un peu moins a priori dessiné et colorié de manière standard.

Entre peinture et photographie son oeuvre est discordante. Face aux tentations intimistes des pseudo révélations, face au corps platement exposé il propose un autre type d’impact. Ses mises en scène sont autant de  mise en formes aussi paradoxales que décapantes et efficientes.

Il n’hésite pas à « oublier le moderne ” en le ridiculisant, le diabolisant. Il lutte contre le consensus mou qui s’est emparé de la photographie ambiante, il combat aussi l’indifférence généralisée qui prospère au nom de la prétendue égalité démocratique des goûts - ce qui revient à imposer la loi du nombre, réduisant l’image à une activité rassurante aux effets anxiolytiques.

Ses images « virtuelles » ne se veulent pas celles  de saints ou saintes  auréolés d’une déférence de principe. Se refusant de devenir un vaticinateur pompier, il modifie l’atmosphère, attendris certaines formes. Son objectif n’est pas la séduction. Dans ses portrais le langage plastique fait événement. C’est par lui que tout passe.

Philippe Ordioni lave, débarbouillette les portraits à travers divers registres visuels. Tous s’unissent dans la même partition. Bref il s’agit d’une langue plastique  hors de la représentation tout en restant dedans, d’une plasticité vivante qui procure un plaisir d’émotions inédites et puissantes.

L’œuvre crée des échappées, une liberté faite d’ellipses dans le rêve, par différentes lacunes, glissements et montages en syncope. Il y a là un effet de double jeu du jeu que la langue anglaise note en distinguant game (quand le jeu a ses règles) et play (quand il invente ces règles à mesure). Chacune des images de Philippe Ordioni  représente ainsi un espace ouvert entre le game et le play. Le game est l'exploitation des figures et des règles. Le play est le jet d'une “ déprédation ” volontaire et qui fait sens.

En conséquence le créateur sort de l’art purement expérimental mais aussi d’une esthétique naturaliste.  Il s’agit par ce double jeu de trouver une langue susceptible de prendre en charge les instances improbables du portrait. Soudain s'expriment ses étreintes, ses incertitudes, son inconscient. L’ensemble prend corps par échappées d’une scénographie aux distorsions programmées face à la langue normée.

Le système des divers courts circuits créés par l’artiste devient la règle d’un jeu beaucoup moins ludique qu’il n’y paraît.  En surgit un  “ pluriel monstrueux ” (Novarina)  à la fois violent, lucide et joyeux par des altérations nécessaires. Elles permettent d’entrer en une paradoxale communication et en une confrontation communicante avec une expérience originelle, avènementielle. Une telle approche refuse l'assujettissement aux images  de  communauté pour offrir une expérience inédite qui, si on fait l’effort de l’accepter, est celle du savoir et du plaisir. La machinerie des images ainsi désaccordées bien des choses se passent.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

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